Beignets aux Pommes à la Poêle de Grand-Mère

Beignets aux Pommes à la Poêle de Grand-Mère

Il est des recettes qui transcendent la simple notion d’alimentation pour toucher à la mémoire collective. Le beignet aux pommes appartient à cette catégorie sacrée. Oubliez la pâtisserie de boutique, millimétrée et parfois sans âme. Ici, nous plongeons dans la cuisine de terroir, celle des dimanches pluvieux et des fêtes de Mardi Gras, où l’odeur du sucre chaud suffisait à rameuter toute la maison.

En tant que chef, je reviens toujours à cette base lorsque je cherche à provoquer une émotion brute. Pourquoi ? Parce que c’est le triomphe du produit simple. Une pomme rustique, une pâte à frire minute, un bain d’huile chaude. C’est tout. Mais ne vous y trompez pas : la simplicité exige de la maîtrise. Pour passer d’un beignet gras et mou à une rondelle croustillante cachant un cœur fondant, il y a des règles physiques à respecter. Ce que nous allons préparer aujourd’hui, ce n’est pas juste un fruit frit, c’est une coque dorée protégeant un fruit compoté dans sa propre vapeur. C’est la quintessence de la gourmandise populaire.

Harmonie de textures et de saveurs

La magie du beignet aux pommes réside dans son architecture en trois temps :

  1. L’Attaque (Le Crispy) : La première sensation doit être auditive. La croûte, saisie à haute température, doit craquer sous la dent. C’est le rôle de la pâte à frire bien exécutée.

  2. Le Cœur (Le Fondant) : Juste après le craquant, on tombe sur la pomme. Grâce à la cuisson rapide, elle n’est ni crue, ni en purée. Elle est “juste cuite”, chaude, juteuse, libérant son acidité naturelle.

  3. La Finition (Le Grain) : Le sucre, saupoudré à la sortie du bain, apporte une texture granuleuse immédiate qui fond ensuite sur la langue, équilibrant l’huile de friture.

Sur le plan aromatique, nous sommes sur un accord majeur : le gras (vecteur de goût), le sucre (réconfort) et l’acidité fruitée (fraîcheur).

Pourquoi cette version fonctionne si bien

Cette recette spécifique, dite “de Grand-Mère”, est techniquement très intelligente pour plusieurs raisons :

  • L’appareil à deux huiles : On met de l’huile dans la pâte (2 c.à.s) en plus de l’huile de friture. Cela peut sembler paradoxal, mais le gras appelle le gras : une pâte contenant déjà un corps gras absorbe paradoxalement moins d’huile de cuisson qu’une pâte maigre qui agirait comme une éponge sèche.

  • La Levure Chimique : Contrairement à la levure de boulanger qui demande des heures de pousse et donne une pâte type “brioche”, la levure chimique offre une légèreté immédiate et une croûte plus fine, moins étouffe-chrétien.

  • Le Sucre Vanillé au Contact : En saupoudrant les pommes crues de sucre vanillé avant le trempage, on crée une légère caramélisation interne lors de la cuisson. C’est le petit détail qui change tout.

Beignets aux Pommes à la Poêle de Grand-Mère

Temps & Organisation

La friture demande une attention totale. On ne lance pas une machine à laver en même temps.

  • Temps de préparation (Mise en place) : 15 minutes

  • Temps de cuisson : 10 à 15 minutes (par fournées)

  • Repos : Aucun (c’est l’avantage de la levure chimique !)

  • Difficulté : Commis (Facile, mais demande de la prudence avec l’huile)

Matériel

Pas de robot sophistiqué ici, mais des outils de sécurité :

  • Une poêle à bords hauts ou une sauteuse large (type sauteuse lyonnaise).

  • Une araignée (écumoire en fil de fer) : Indispensable pour récupérer les beignets sans emporter trop d’huile (contrairement à une louche).

  • Un vide-pomme : Pour retirer le trognon en gardant la pomme entière avant la découpe (sinon, un couteau d’office fera l’affaire).

  • Du papier absorbant en quantité généreuse.

  • Un fouet pour lisser la pâte.

Ingrédients (Pour 6 personnes)

La qualité de la friture dépend de la qualité de l’huile. Choisissez une huile neutre supportant les hautes températures (arachide ou pépins de raisin).

  • 250 g de farine T55

  • 4 pommes (Golden, Reinette ou Boskoop)

  • 2 œufs entiers (calibre moyen)

  • 20 cl de lait entier (pour le moelleux)

  • 2 cuillères à soupe d’huile neutre (à intégrer dans la pâte)

  • 1 sachet de levure chimique (environ 11g)

  • 1 sachet de sucre vanillé

  • 1 pincée de sel fin

  • 3/4 de litre d’huile de friture (arachide ou tournesol spécial friture)

  • Sucre en poudre ou sucre glace (pour l’enrobage final)

Préparation

1. L’Appareil à Frire (La Pâte)

C’est la robe de nos beignets. Elle doit être assez épaisse pour napper, mais assez fluide pour ne pas faire “paquet”.

  • Dans un grand cul-de-poule (saladier), tamisez la farine avec la levure chimique. C’est important pour éviter les grumeaux de levure qui ont un goût amer. Ajoutez la pincée de sel.

  • Formez un puits au centre. Cassez les œufs entiers et versez les 2 cuillères à soupe d’huile.

  • Commencez à fouetter doucement au centre en incorporant la farine petit à petit.

  • Détendez l’appareil en versant le lait progressivement. Fouettez énergiquement pour obtenir un ruban lisse et homogène. La texture doit rappeler une pâte à crêpes très épaisse ou une crème anglaise nappante. Laissez reposer le temps de s’occuper des fruits.

2. Le Taillage des Fruits

  • Lavez les pommes. Vous pouvez les éplucher (version classique) ou garder la peau si elles sont Bio (version rustique).

  • Retirez le cœur et les pépins à l’aide d’un vide-pomme. Si vous n’en avez pas, coupez d’abord les rondelles puis évidez le centre au couteau.

  • Taillez les pommes en rondelles régulières d’environ 1 cm d’épaisseur. Trop fines, elles sècheront ; trop épaisses, elles resteront crues.

  • Étalez les rondelles sur une assiette et saupoudrez-les avec le sachet de sucre vanillé. Massez-les légèrement pour bien répartir les grains.

3. Le Bain de Cuisson

  • Versez l’huile de friture dans votre poêle sur une hauteur d’au moins 2 à 3 cm. Les beignets doivent pouvoir flotter sans toucher le fond.

  • Chauffez à feu moyen-vif.

  • Le test du Chef : Jetez une goutte de pâte dans l’huile. Si elle tombe au fond et remonte immédiatement en grésillant entourée de bulles, vous êtes à la bonne température (env. 170°C/180°C). Si elle fume, c’est trop chaud (danger !).

4. La Cuisson Dorée

  • Trempez une rondelle de pomme dans la pâte. Immergez-la totalement, puis soulevez-la et laissez l’excédent s’écouler une seconde.

  • Déposez délicatement la rondelle dans l’huile chaude (toujours en l’éloignant de vous pour éviter les éclaboussures). Ne surchargez pas la poêle : faites cuire 3 ou 4 beignets à la fois maximum pour ne pas faire chuter la température de l’huile.

  • Laissez dorer environ 2 minutes sur la première face. Quand les bords brunissent, retournez-les avec l’araignée ou une fourchette.

  • Laissez cuire 1 à 2 minutes sur l’autre face. Ils doivent avoir une belle couleur ambrée uniforme.

  • Sortez-les et déposez-les immédiatement sur du papier absorbant pour drainer l’huile. Répétez l’opération jusqu’à épuisement des pommes.

Comment servir

Le service se fait “à l’assiette” ou “au plat”, mais toujours dans l’urgence gourmande. Dès que les beignets sont égouttés mais encore fumants, transférez-les dans un plat de service. Saupoudrez généreusement (c’est le moment d’avoir la main lourde) de sucre en poudre (pour le croquant) ou de sucre glace (pour l’esthétique blanche).

Servez tiède. Froid, le beignet perd de sa superbe. Tiède, il est vivant.

Textures & Saveurs

À la dégustation, l’huile ne doit pas être la saveur dominante. Si la température a été respectée, la pâte a formé une barrière hermétique. On sent d’abord la vanille et le biscuit chaud, puis la pomme libère son jus acidulé qui vient rincer le palais. C’est un dessert “plein”, rustique, qui appelle une boisson chaude comme un cidre chaud aux épices ou un thé noir fumé.

Conseils de Chef

Pour passer de “bon” à “inoubliable” :

  1. La Touche “Soufflée” : Pour une pâte encore plus aérienne, séparez les blancs des jaunes d’œufs. Incorporez les jaunes au début, montez les blancs en neige ferme et incorporez-les délicatement à la fin, juste avant de tremper les pommes. Résultat “nuage” garanti.

  2. L’Alcool (avec modération) : Ajoutez un bouchon de Rhum ambré, de Calvados ou de bière blonde (en remplaçant un peu de lait) dans la pâte. L’alcool s’évapore à la cuisson mais laisse un parfum subtil et aide la pâte à croustiller.

  3. Séchage des Fruits : Si vos pommes rendent beaucoup d’eau (jus) après la découpe, tamponnez-les avec du papier absorbant avant de les passer dans la pâte. La pâte accrochera bien mieux sur un fruit sec.

Variantes

  • L’Exotique : Remplacez les pommes par des rondelles d’ananas frais. Ajoutez un peu de coco râpée dans la pâte à frire.

  • La Poire Belle-Hélène : Utilisez des poires fermes (type Conférence), et servez les beignets avec une sauce chocolat chaude.

  • L’Épicée : Ajoutez une demi-cuillère à café de cannelle en poudre ou de mélange 4 épices directement dans la pâte. L’association Pomme-Cannelle est un mariage heureux éternel.

Conservation & Service

Le beignet est une créature de l’instant. Sa durée de vie optimale est de 30 minutes.

  • Peut-on les garder ? Oui, jusqu’au lendemain, mais ils vont ramollir. C’est inévitable, l’humidité de la pomme va migrer vers la croûte.

  • Comment réchauffer ? Surtout pas de micro-ondes (vous obtiendriez du caoutchouc mou). Placez-les sur une grille au four préchauffé à 180°C pendant 5 à 6 minutes. La chaleur sèche va redonner un peu de croustillant à la coque.

  • Congélation : Possible, mais franchement déconseillé pour cette recette précise. La pomme supporte mal la congélation une fois cuite ainsi, elle risque de devenir spongieuse à la décongélation.

FAQ (Foire Aux Questions)

1. Pourquoi ma pâte glisse et ne tient pas sur la pomme ? C’est souvent parce que la pomme est trop humide ou la pâte trop liquide. Séchez bien vos rondelles de pomme et n’hésitez pas à rajouter une cuillère de farine dans votre pâte si elle vous semble trop fluide. Elle doit avoir la consistance d’une crème épaisse.

2. Mes beignets sont très gras, que s’est-il passé ? L’huile n’était pas assez chaude. Si vous plongez les beignets dans une huile à 150°C, ils vont boire l’huile avant de cuire. Il faut impérativement que ça grésille fort dès le contact.

3. Quelle est la meilleure variété de pomme pour cette recette ? La Boskoop est fantastique car elle devient fondante et acidulée, mais elle peut s’écraser un peu. La Golden est la valeur sûre : elle tient bien à la cuisson et reste sucrée. La Granny Smith offre un contraste acide très intéressant mais restera plus ferme.

4. Peut-on faire cette recette au four ? Non, ce ne serait plus des beignets. La pâte à frire a besoin de l’immersion dans l’huile pour gonfler et cuire instantanément. Au four, la pâte va couler et vous obtiendrez des pommes rôties sur une flaque de biscuit plat.

5. Par quoi remplacer le lait pour les intolérants ? Le lait de soja vanillé ou le lait d’amande fonctionnent très bien. Vous pouvez même utiliser de l’eau gazeuse ou de la bière pour remplacer 100% du liquide, ce qui donnera des beignets très croustillants type “Tempura”.

Conclusion

Les Beignets aux pommes de Grand-Mère sont une leçon d’humilité culinaire. Pas d’artifices, pas de technique moléculaire, juste le respect du goût et de la tradition. C’est la recette idéale pour transmettre l’amour de la cuisine aux plus jeunes ou pour s’offrir un moment de régression assumée. Alors, sortez la poêle, ouvrez la fenêtre, et laissez la magie opérer. Bon appétit !

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